| " Au tournant du siècle,
Malevitch construit les bases de l'abstraction moderne.
Il réalise ce basculement en noir et blanc. Le blanc
et noir énoncent l'opposition clarté-obscurité,
autrement dit - l'apparition et la disparition de la lumière
-, qui est la condition de l'espace peint. Le noir et blanc
confère à la peinture, son plus haut degré
de spatialisation.

Ce statut d'objet Malevitch, Rodchentko
le maintiennent par cette opposition (noir et blanc,
géométrie, refus du mimétisme)
ce que la peinture américaine d'Ad Reinhardt notamment
ignore en réhumanisant l'abstraction, par son échelle
(non monumentale (nouveauté américaine)),
par son geste, par le noir :
"C'est également une peinture qui n'a plus grand
chose à offrir, si elle est considérée
comme objet. Car en tant que tel, elle ne signifie rien
d'autre qu'un grand carré noir immédiatement
perceptible. Alors que tout au contraire, une Black Painting
" éduque l'oeil du spectateur à ne pas
tout transformer en objet ". Elle force notre regard
à s'attarder, à sonder ce qui est en réserve.
Les Black Paintings ne peuvent, par essence, appartenir
au monde des objets".
" Il y a quelque chose dans le
très sombre ou dans le noir que je ne veux pas figer.
Mais c'est quelque chose d'esthétique. Et ça
n'a rien à voir avec l'espace extérieur ou
la couleur de la peau ou celle de la matière ",
explique Reinhardt pour parler du " noir de la liberté
absolue ", dont il faut laisser échapper
quelque chose.
Ainsi, le "noir, avec son ordre,
sa rigueur, sa vérité, est la condition pour
que quelque chose échappe". |