REVUE 7
NOIR : comme la lumière dans le film noir
Aurelio SAVINI
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Soit Crime passionnel ( 1945 ) d'Otto Preminger et sa magnifique scène de bar en architecture lumineuse et dramatique. Le bar de Welton - le pop's - accueille Eric Stanton ( Dana Andrews ) après un voyage en autocar interrompu en pleine nuit, faute d'argent. C'est aussi un endroit que souhaite quitter Stella ( Linda Darnell ) la serveuse.

 

Espace banal, le bar ne doit pas être totalement éclairé afin de privilégier les visages des personnes et le ( double ) sens des dialogues.

Cette atténuation des lumières apporte à la scène une certaine tension, estime François Truffaut : " l'excès de lumière écrase la fiction, la tasse elle-même et l'appauvrit. ( … ) Avec la lumière, on voit tout dans l'image, et le mystère s'absente aussitôt. D'une manière générale, la version nuit d'une scène est toujours préférable, parce que plus énigmatique, à sa version jour : la nuit apporte la fiction " (entretien avec J.F.Josselin, Le Nouvel Observateur, 05/08/83 ).

 

A fortiori dans le film en noir et blanc éclairé par Joseph La Shelle, avec un certain type de pellicule et de couleur de vêtement, au profit des acteurs. Ainsi, quelques minutes plus tard, après que Stella soit finalement retournée à son travail, Judd, son ancien amant, met une pièce dans le juke-box qui diffusera une chanson sentimentale, hors champ, pendant la séquence. Il porte un chapeau, comme Stanton dans la scène précédente, et comme souvent dans le film noir.

 

Ce simple objet crée déjà, par la zone d'ombre qu'il provoque sur le visage, un contraste dans sa définition. D'autre part, le plan rapproché qui situe Stella au travail ( et en train de voler dans la caisse), derrière le comptoir, n'éclaire aucun élément du cadre de la même manière : au premier plan, le côté gauche de la caisse enregistreuse est faiblement éclairé, mais on distingue une ornementation métallique ; au deuxième plan, un éclairage violent illumine la blancheur apparemment romantique, conjuguée avec la chanson sentimentale ; est immédiatement " cassée " par un geste plus terre à terre dans le film policier : voler dans la caisse pour quitter définitivement cet endroit ennuyeux.

 

Remarquons d'ailleurs que cette " blancheur " ne s'abstrait pas de son environnement : les mouvements de Stella ( de la tête, de sa coiffure, des bras ) provoquent des zones d'ombre sur les contours de son corps, qui s'intègrent ainsi progressivement à l'arrière-plan obscur, simplement relevé par la lumière venant des fenêtres.

 

Cette figuration des zones noires est bien un choix expressionniste qui cristallise l'atmosphère du bar. En cela le noir et blanc est " l'ami des acteurs " ( Welles ). Comme si le film noir classique avait inventé une " lumière noire " qui révèle le relief des visages et de l'environnement.

 

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