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LA PERFORMANCE PLUTOT QUE L'IMITATION.
LE SPECTACLE PLUTOT QUE LA RESTITUTION
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Le théâtre à Rome
est un spectacle complet. La vie de la Cité s'interrompt
pour que l'espace des jeux se déploie.
Pourtant si les comédiens jouent une pièce
préalablement écrite, s'il y a des mimes, des danseurs,
des musiciens, le spectacle ne représente rien, ne se
réfère à rien, ne démontre rien comme le ferait un orateur.
Contre toute notion d'imitation il développe un spectacle
comme une performance. Et il nous intéresse par ce renversement.
Ainsi, Florence Dupont explique
: " la performance n'a aucune valeur intrinsèque, elle
s'épuise dans ses effets, le souvenir qui en reste est
la compétence de l'orateur"("L'orateur sans visage" p91
PUF).
Si l'on applique ceci aux ludi cela supposerait
que l'on demande au spectacle d'être spectaculaire et
rien d'autre ?
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OUI
parce que ce spectacle est un rituel offert aux dieux
comme on offre une victime animale dans le sacrifice sanglant
dont la viande cuite est partagée entre les dieux et les
hommes.
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Il s'agit d'une performance où tous les
éléments - art de l'histrion, texte, musique, chant, décor
ne sont là qu'au service d'un art total ? Ces spectacles
peuvent-ils échouer esthétiquement ?
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OUI
cet échec esthétique qui se manifeste par le fait que le
public n'applaudit pas ou même chasse les acteurs de scène,
ce qui impose au producteur des jeux scéniques de les recommencer. |
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Vous décrivez très bien cette "exigence
romaine de la performance (Orat.p78) qu'impose la politique
comme le théâtre", vous précisez ainsi que les jeux montrent
une performance (assemblage-actualisation) de danse, texte,
musique, figures dans un espace créent pour cela. N'y
a-t-il jamais eu redoublement, reprise d'une même pièce
Qu'est-ce qui dans cette possibilité ennuierait
les Romains ?
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Il
ne s'agit pas d'ennui mais d'exigence rituelle. Toute
performance rituelle articule le temps des hommes et le
temps des dieux. Autrement dit l'impermanent et le permanent.
Traditionnellement le texte assume
l'impermanence et doit donc changer à chaque fois, le
code des personnages et du jeu assume la part de permanence.
Donc le changement de texte correspond à l'horizon d'attente
du public, comme aujourd'hui il attend un changement de
mise en scène quand le texte est le même.
Quand un texte est repris c'est que
le poète a échoué la première fois et qu'il corrige sa
pièce pour réussir (par ex. Térence et l'Andrienne)
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"Le spectacle à Rome n'est pas en rapport
de ressemblance, de paradigme avec une réalité dont il
serait l'image : le spectaculaire est du réel intensifié
" la pertinence de votre présentation de ce spectacle,
et en cela elle rejoint une bonne part de la création
performative contemporaine, est qu'elle écarte toute notion
de création représentant une réalité extérieure préalable
(ou intérieure à l'artiste) et donc divine, morale ou
modèle.
À l'inverse, la soumission au spectaculaire,
l'obligation de "canons" n'induit-elle pas une énorme
répétition et peu de création ?
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NON
car dans une performance artistique vous avez toujours
une part faite au connu, qui rend possible la perception
du spectacle. Cette part de connu est aujourd'hui au théâtre
soit la mise en scène réaliste, soit la psychologie des
personnages, soit une forme de récit attendu (vaudeville,
théâtre politique etc.), on peut même avoir les trois
à la fois dans le " théâtre de boulevard ". Dans les théâtres
anciens la part d'inconnu est le jeu avec les différents
codes du spectaculaire, - code de l'écriture, des personnages,
des situations, de la gestuelle - jeux qui créent un suspense
: jusqu'où le poète, l'acteur iront-ils trop loin? Ne
vont-ils pas ruiner le spectacle et subir un échec ? On
ne perçoit souvent la répétition que chez les autres parce
qu'elles n'interviennent pas dans le même domaine.
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Bien qu'hyper cadrée, dépendante de l'événementiel
est-ce que cette autonomie du moyen n'a pas permis - limité
par la demande du public- de faire évoluer l'aspect formel
de l'actio ? Et, plus loin, est-ce que la future découpe
en arts autonomes ne provient pas de cette fragmentation
?
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OUI
pour ce qui est de la découpe en arts autonomes : musique,
déclamation, chant, danses mais qui se réalise justement
en dehors des pratiques de l'éloquence |
NON
vous ne pouvez pas parler de l'aspect formel de l'actio,
de sa technique si vous voulez, car l'actio est un concept
d'analyse de l'éloquence ce n'est pas une réalité isolable,
il en est de même de l'inuentio, de l'elocutio, de la dispositio.
C'est pourquoi il s'agit de noms d'action, fait sur des
verbes avec un suffixe en -tio L'actio est l'actualisation
du discours, par le corps, la voix, mais elle intervient
aussi dans la formulation, selon le contexte et l'interaction
avec les assistants - destinataires |
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