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Le
vraisemblable désigne un jugement ou un fait qui a l'apparence
du vrai.
Mais affirmer que le vraisemblable
a l'apparence du vrai ne revient pas à soutenir que le vraisemblable
n'est que l'apparence du vrai.
En effet, le vraisemblable
est moins l'illusion du vrai que le signe par lequel on reconnaît
le vrai, à ce titre, il n'est pas non plus une forme affaiblie
de la vérité, mais bien ce par quoi l'on reconnaît le vrai.
Mais si tel est le cas, pourquoi
distinguer le vraisemblable du vrai ?
Le
vraisemblable est le vrai privé du bénéfice de la preuve.
Pour autant le vraisemblable
n'est pas le stade antérieur du vrai, il est ce par quoi l'on
reconnaît qu'une chose pourrait être vraie : le vraisemblable
est donc davantage la condition du vrai, il qualifie l'évidence
sans la preuve de cette évidence, ou pour le dire autrement, il
est le vrai de droit et non de fait.
En effet à chaque fois que
nous considérons une chose comme vraisemblable nous revendiquons
sa vérité de droit ou plutôt le droit de cette chose à la vérité,
ou encore à la preuve de sa vérité : le vraisemblable est le
vrai comme en suspension, en attente.
Le vraisemblable symboliserait
donc le décalage entre ce qu'on doit supposer d'une chose et ce
qu'elle est réellement, il serait la marque de la distinction
entre la subjectivité et l'objectivité ?
Tel
serait le cas en effet si le vraisemblable était du domaine de
la pure subjectivité, mais le vraisemblable n'est pas une simple
vérité du sujet, il est ce que nous devons penser d'une chose,
ce qui s'impose à nous, il n'est pas le fruit de notre volonté,
mais au contraire notre volonté se soumet
à lui par notre assentiment forcé : il y a rarement
deux solutions vraisemblables pour un même problème.
C'est d'ailleurs sur ce dernier
point que le vraisemblable se distingue du probable ou du possible,
alors que le possible implique souvent un vaste champs de solutions
envisageables, le vraisemblable réduit
à une seule l'ensemble des solutions possibles;
cette réduction est le signe d'une nécessité objective entièrement
opposée à l'idée d'une intervention subjective.
Mais alors comment distinguer
le vraisemblable du nécessaire?
Le nécessaire est ce qui
arrivera, le vraisemblable ce qui devrait arriver, l'un est un
fait de la réalité anticipé, l'autre est un fait réclamé mais
qui ne sera pas nécessairement réalisé, quelque chose que l'on
est en droit (si ce n'est en devoir) de supposer : ce qui distingue
le nécessaire de l'effectuation de sa prévision n'est qu'affaire
de temps,
en revanche ce qui distingue
le vraisemblable de sa réalisation c'est la réalité elle-même
: la réalité suivra-t-elle ?
Ceci
nous éclaire à nouveau sur le rapport du vraisemblable au vrai,
nous pouvons en effet constater que les suppositions du vraisemblable,
même si elles se veulent toujours réalisables, ne sont pas toujours
réalisées.
Ainsi, si le probable constitue
une sorte de vérité provisionnelle, le
vraisemblable de son côté possède une valeur de vérité déterminée
: il sera soit vrai, soit faux.
Ainsi parce que la valeur
de vérité du vraisemblable ne peut être clairement connue par
celui qui l'examine, le vraisemblable est toujours affecté d'un
coefficient d'incertitude.
Cependant l'incertitude
inhérente au vraisemblable n'est pas le signe distinctif du vraisemblable,
car même si une supposition vraisemblable s'avère démentie par
les faits, cette invalidation n'enlèvera jamais au vraisemblable
sa prétention au vrai.
Dans le vraisemblable
on trouve plus de certitude que d'incertitude, car nous ne pouvons
certes pas être certain de nos suppositions, cependant nous sommes
toujours certains que ces suppositions sont les meilleures, c'est-à-dire
les plus vraies possibles dans l'état actuel des choses.
D'un côté nous avons donc
le vrai,
et de l'autre ce que nous
devons attendre du vrai, le vrai et l'idée du vrai, c'est-à-dire
le vraisemblable.
Nous avons vu que le vraisemblable
ne devait pas être considéré comme une forme affaiblie du vrai,
et nous apercevons maintenant que le vraisemblable n'est pas non
plus une forme affaiblie de la conscience du vrai, mais, au contraire,
la forme la plus révélatrice du vrai.
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Le vraisemblable en effet est le
vrai en tant qu'il ne s'est pas encore réalisé : le vrai
non-effectif. Le vraisemblable précède le vrai non pas
seulement dans le temps, mais aussi dans sa structure
: il y a une antériorité logique du vraisemblable sur
le vrai. |
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Nous disions que le
vraisemblable était du vrai non-effectif, mais pour être
plus précis nous devrions dire que,
le vrai n'est que
du vraisemblable réalisé. |
Sur ce point il semble
que nous rejoignons la conception aristotélicienne du vraisemblable.
Pour ce dernier le vraisemblable
peut être soit un récit fictif, soit un récit historique concernant
des événements qui ont réellement eu lieu. Aucun des deux récits
n'est privilégié à l'autre, mais si le réel peut tenir lieu de
vraisemblable, c'est en tant qu'il est du vraisemblable réalisé.
Ce qui revient
à dire que si le réel entraîne la conviction c'est en vertu de
son caractère vraisemblable : seul le vraisemblable est le
critère de la conviction, le réel ou le vrai ne sont que des
sous-ensemble du vraisemblable.
On doit penser alors que
le vraisemblable est plus vrai que le vrai lui-même, car contrairement
au vrai, il est vrai indépendamment de sa réalisation effective,
ne retrouvons nous pas d'ailleurs dans cette idée la distinction
aristotélicienne de la puissance et de l'acte ?
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