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| " Je voulais créer un roman journalistique,
un texte sur une vaste échelle qui allierait la crédibilité
des faits, l'immédiateté du film, la profondeur et la liberté
de la prose et la précision de la poésie ". Truman Capote.
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Souvent d'un rôle annoncé de témoin,
la littérature met en fait à l'épreuve sa capacité de rivaliser
avec le réel. Et, bien qu'elle le domine à tout coup, un
objet passe par une convention intellectuelle pour s'adresser
à un intellect, son besoin est régulier de défier le réel,
de mettre à nu ses propres moyens
de construction d'une vérité plus vraie que le réel,
plus lisible (pour un sujet encore), et donc de sa vraisemblance.
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L'écriture, les sujets, le discours
de T.Capote repose sur ce jeu ambigu entre vérité et fiction,
entre vérité subjective et objective. |
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" Ce rôle de témoin, le roman l'a découvert
à l'aide d'autres techniques qu'il a ensuite assimilées.
Qu'il s'agisse des romans-vérité de Paul Bowles, de l'épopée
enregistrée au magnétophone d'Oscar Lewis, ou du "Récit
véridique d'un meurtre multiple et de ses conséquences"
de Truman Capote, c'est la même impulsion qui a agi au départ
: la recherche de l'expression le plus fidèle d'une certaine
vérité. Certes, l'assise véridique du roman a toujours existé.
"Le Rouge et le Noir", "Madame Bovary", "David Copperfield"
ou les "Souvenirs de la Maison des Morts", sont nés de la
réalité. Mais là où le romancier du XIXe ne voyait qu'une
source d'inspiration, un écrivain moderne comme Capote découvre
la ligne de direction de son œuvre". |
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Dans ce texte de jeunesse, Le Clezio
se limite par imprécision : il s'agit de la même ambition
dans toutes ces œuvres mais celle-ci se traduit dans un
milieu, une culture où le réel a été redéfini par d'autres
médias, où le réel passe davantage par une médiation par
le sujet qui lit, voit, constate, juge. " Expression de
vérité " ? " Nés de la réalité " ? Comme si du sujet qui
écrit à l'expression il n'y avait aucune médiation, aucune
forme ou figure.
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Au contraire,
la vraisemblance repose davantage sur la construction d'ensemble
que véritablement sur l'expression. L'autonomie de
la forme globale donne plus de liberté au formel. Ce que
Capote amorce dès le début du récit mais dans ses titres
mêmes, dans son personnage et ses théories c'est l'irréductibilité
de sa proposition : Rien à contester, rien à remplacer,
rien à retirer. Plutôt un rapport à la nécessité qu'à la
vérité.
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Car bien qu'il en saisisse la teneur,
le jeune LeClezio ne peut se l'expliquer que par un partage,
humain, le plus éloigné des intentions de Truman Capote.
" Tout se passe comme si cette réalité
aperçue était déjà ordonnée dans son apparent chaos,
ordonnée au point qu'il ne soit pas possible de changer,
d'interpréter, d'agir sur elle, en un mot de créer.
L'art n'est plus la représentation de la vie ; c'est
la vie elle-même qui est l'art, un art à l'état pur
en quelque sorte, qu'il faut s'efforcer de faire passer
d'un seul bloc dans le domaine du langage. En l'abordant
plus scientifiquement que poétiquement, l'écrivain cherche
à donner les mesures de la réalité, non à l'interpréter
".
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Quelle scientificité ? Encore une affaire
d'art à l'état pur, une idéalisation grande largeur du réalisme,
du réel et de sa communicabilité :
" Evidemment cela ne va pas sans quelque
trahison ; toute mesure est une action, donc une déformation,
mais c'est précisément ce risque qui fait de cette aventure,
comme de l'aventure du physicien, une aventure exaltante
et complètement humaine. C'est d'abord avec sa vie qu'il
a écrit. Cette différence est essentielle, car c'est
pour cela que le livre de Capote [" De sang froid "]
est véritablement une œuvre d'art, et non un rapport
de police. Il y a eu, dans la réalité même, interférence
entre l'écrivain et ses héros, et de cette action est
née la communication. Cette prise de pouvoir sur la
réalité, seul le journalisme pouvait vraiment la permettre
".
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Et cette conclusion comme un aveu "
Ses mots, s'ils n'ont pas trahi, sont des mots qui appartiennent
à une œuvre complète, fermée et indépendante ".
Trahison de quoi ? Hélas, une nouvelle
fois de l'idée de réalité et d'une certaine pureté qui l'accompagne
que LeClezio a vaguement conçue, apercevant sans pouvoir
l'isoler que, du réel au vraisemblable Capote ne cesse de
se séparer, qu'il ne cesse d'ailleurs de cette séparation.
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" Qu'une chose soit vraie ne veut pas
dire qu'elle soit vraisemblable, tant dans la vie que
dans l'art. Tiens prends Proust. Tu crois que sa Recherche
sonnerait aussi juste s'il était resté scrupuleusement
fidèle à l'histoire, s'il n'avait pas transposé les
sexes, modifié les événements et les identités ? S'il
avait relaté les faits au pied de la lettre ? Mais -et
c'est là une idée qui m'était soudain venue - il aurait
sans doute mieux valu. Moins acceptable mais meilleur
". J'optai pour un autre verre en fin de compte. " La
question est celle-ci : la vérité est-elle une illusion,
l'illusion est-elle vérité, ou reviennent-elles essentiellement
au même ? Pour ma part, je me fous pas mal de ce qu'on
peut dire de moi, du moment que ce n'est pas vrai !
" p84 " Prières exaucées " Grasset.
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Et, à propos de ce livre : " Je poursuivis
de cette façon, rédigeant différents chapitres dans
le désordre. Je ne pouvais procéder ainsi que parce
que l'intrigue - ou plutôt les intrigues - étaient vraies
et tous les personnages réels. Je n'avais pas de difficulté
à garder tout l'ensemble en tête puisque je n'avais
rien inventé. Et portant, " Prières exaucées " n'est
pas conçu comme un banal roman à clefs, une forme où
les faits sont travestis en fiction. Mes intentions
sont à l'inverse d'abolir les travestissements et non
de les élaborer. " (Préface de " Musique pour caméléons
")
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Capote sait que c'est dans l'ordre de
la représentation que son art se situe. Le
réel n'est rien que cette représentation.
Mais de ce même type d'incompréhension,
empruntons une comparaison nouvelle, inspirée d'une autre
critique
" Si le non-roman (non-fiction novel
), genre que Capote se targue d'avoir inventé, est captivant,
si la rigueur de la documentation et la virtuosité du
style suscitent indéniablement un nouveau type d'écriture,
la démarche de l'auteur a pu toutefois inspirer une
certaine réserve. Le goût du détail, l'hyperréalisme
du récit ne trahissent-ils pas aussi une attirance certaine
pour le morbide? ".
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L'enjeu du réel et du vrai est là.
Truman Capote hypperéaliste ? |
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Oui
dans la puissance d'encadrement de son sujet, dans le poids
que joue la découpe du réel préalablement, dans la
puissance de superficialité du sujet, des moyens employés,
dans la représentation du détail sans hiérarchie, oui -retour
à Aristote -dans la crédibilité de l'invraisemblable, de
l'inracontable comme de l'impeignable et oui surtout, dans
son pouvoir de nous imposer le spectacle et le statut de
spectateur qu'il réunit comme une nécessité.
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Comme en peinture, Capote
nous indique notre place et notre rôle.
La force de son œuvre vient de cet art
de nous imposer une trajectoire, un intérêt mineur, une
anecdote minable, une réaction, une identification, l'humiliation
de devoir voir. Ce que LeClezio, trop humain pour
le dépasser, prend comme une leçon morale est une leçon
esthétique : " il nous humilie de la façon la plus nécessaire
: il nous somme de comprendre de quoi tout un homme est
fait ". |
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Truman Capote est
l'auteur de " Petit Déjeuner chez Tiffany ", " Prières
exaucées ", " Portraits ", " Musique pour caméléons "
et " De sang froid ".
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