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"Ce désir obscur d'un objet"
 

Que la pornographie évolue avec les sociétés et que l'on en fasse à chaque fois tant d'histoires, tient au fait que le pouvoir passe par ces histoires. Il doit dire ce qui est de ce qui n'est pas pornographique. Mais toujours indirectement.

 

"L'érotisme se constitue avec du langage autour du fantasme, la pornographie a tendance à évacuer ce qui peut dialectiser le fantasme (...) la pornographie est le refoulé de l'erotisme" dit le peintre Louis Cane. Pourtant la force du pornographique c'est sa cohérence (toujours les mêmes schémas), son caractère irréductible (toujours là) et pourtant universel (tous un corps, tous un désir). Et donc son pouvoir irritant pour la morale d'échapper au discours. Son autonomie.

L'image porno se suffit à elle même, ne dit rien autre que son acte, induit son propre mouvement, écarte tout discours, toute distance : elle vole la vedette à la représentation, elle le vole avec les moyens mêmes de la représentation. Choquante ou attirante, elle se place au centre du discours, le remplace, sans un mot. A la place du mot.

Elle fait toujours image même lorsqu'elle n'est pas une image, elle a un sens que l'on ne peut contrôler vraiment simple et direct, trop. Elle dépasse la figure sur son propre terrain : image et sens, sens et absence de sens, obscénité. Particularité, trivialité et généralité. Et donc déclenchement du discours et apaisement du sujet, et inversement déroulement du discours et sujet qui se lâche.

"Ainsi Zola, qu'on traita de pornographe, en souffrit de tout son tempérament puritain. Il expliquait fort bien le succès de Gil Blas en 1880 (disons de Playboy ou Playgirl ) par le fait que ce périodique était lu par "les hommes et surtout les dames qui ne détestent pas les aimables polissonneries", et même les histoires grasses. Lui se sentait fort étranger à Boccace et à Brantôme: "pas gai du tout, pas aimable, pas polisson, incapable de chatouiller les dames". Protestant contre ceux qui taxaient d'obscénité L'Assommoir et Nana , il décidait que "l'ignoble commence où finit le talent".

Et qu'"entre ceux qui prennent la spécialité de ne pas faire rougir les femmes et ceux qui mettent leur gain à les faire rougir, il y a les véritables artistes, les écrivains de race qui ne se demandent pas une seconde si les femmes rougiront ou non". Déclencheur de discours voyez-vous. Rivale du langage.

 

Franck SENAUD. janvier 2001
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