Qu'est-ce que Villes & Toiles ?
Interview de Franck Senaud,
directeur du Festival
Villes & Toiles
Dans le cadre de l'association Préfigurations, vous avez créé en 2007 le festival Villes & Toiles. En quoi consiste-t-il ?
Le festival dure trois semaines. Chaque semaine est ponctuée de 3 soirées (vendredi, samedi, dimanche) pendant laquelle un artiste, 1h avant un film, vient présenter son travail. Le festival est ouvert au grand public qui vient rencontrer un film connu, une création, une œuvre et celui qui l’a fait (Bouchitey, Tavernier, Paquot…). On se retrouve ensuite sur la plupart des soirées autour d'un buffet servi par Préfigurations ou par une association partenaire.
Pourquoi septembre ?
Nous commençons à la 3ème semaine de septembre lors des journées du patrimoine qui, à l’origine, sont plutôt une découverte de bâtiments anciens (lavoir, vieux morceau de porte du XIIIème siècle...). Evry étant une ville nouvelle, la journée du patrimoine semble n’avoir que peu d’intérêt à première vue. Selon moi, il y a un sens passé, présent, futur réunis très fort à faire débuter un festival sur la même ville.
Vous ne restez pas dans une seule ville pendant tout le festival, pourquoi ce choix ?
Notre action à l'année se passe sur différents territoires en Essonne. Je voulais ce festival à l'image de Préfigurations. Ainsi, la 1ère semaine se passe à Evry et Ris-Orangis où nous travaillons avec les écoles (Je suis ma ville, les P'tis Bâtisseurs), la 2ème semaine à Brétigny, au Ciné220, dans lequel on programme des CinéVille toute l’année (un film/une ville) et avec la 3ème semaine nous terminons à Etampes, ville où l'on retrouve en autres les CinéPeinture.
Comment cette idée vous est-elle venue ?
On n’a pas l’idée d’associer ville et art, et particulièrement dans les quartiers difficiles comme les Pyramides d’Evry. On pense grossièrement que l’art veut décorer la ville alors que je revendique, pour ma part, que l’art soit acteur de la ville, qu’un artiste montre un quartier sensible et que les gens de ce quartier soient curieux de cet art. Le peintre, le faiseur d’image travaillent en quelque sorte à côté du sociologue, à sa manière, sans le remplacer. Les artistes donnent cette envie là, donnent l’occasion de regarder autrement la ville. Nous sommes d’ailleurs proches de la publicité et de l’idéologie politique mais il nous faut comprendre ce qui en diffère dans ces regards.
Chaque festival est assorti d’une couleur, comment celle-ci est elle déterminée ?
N’ayant pas beaucoup de fonds nous ne pouvons imprimer qu’une couleur à la fois. Cette pauvreté de moyen est tournée en atout : éclairage, mise en scène des cinémas, nourriture, boissons, vêtements et communication. La couleur sert à attirer l’attention. Cette année nous revêtons des atours violets. Et malgré ce qu'on peut croire à première vue, on trouve des liens entre le fleuve et le violet mais c’est plus du hasard qu’autre chose. Et puis une couleur, apporte une signification, une atmosphère supplémentaire à chaque festival. A la première édition, quand on a flâné en vert, ça été un moment fort qui a beaucoup marqué les gens. Serge Renko, un de nos invités 2007 porte toujours son écharpe verte.
A quel public ce festival s’adresse-t-il ?
Aux curieux, ceux qui ont envie de voir des films qu’ils n’auraient jamais vu, aux scolaires que l’on côtoie toute l’année, à ceux qui ont envie de nous suivre et rencontrer des artistes, faire la fête avec nous. Mais aussi à tous les gens qui sont intéressés par une nouvelle forme de culture par un réseau affinitaire, par centre d’intérêt. Nous sommes le bonus du DVD en vrai !
Le festival, cette année, porte sur le thème de la ville et du fleuve, pourquoi ?
L’année dernière nous avons travaillé à (se) rencontrer, axant ainsi le festival sur les lieux de passages dans une ville, les cafés, les places, les lieux pour draguer, où se croiser, se parler, où se rencontrer pour faire ville. Nous avons regardé la cité de plus près. Cette année nous avons voulu étudier la ville à l’échelle du territoire. Sachant que le public se sent concerné par la nature, le sol, l’eau, la géographie de la ville, il nous semblait logique que le festival réponde à ces attentes.
Evry s’est créée en 1972 sur un plateau tournant le dos au fleuve. Pourtant toutes les villes, historiquement, naissent au bord d’un fleuve. Comment la ville vit son fleuve ? On a ré-imaginé une ville par rapport au fleuve, aller travailler en bus fluvial par exemple, est-ce réaliste ? Ce n’est pas simple. La Seine ne fait pas partie de nos vies citadines, sinon comme obstacle à franchir. L’Essonne est un nom de rivière et du département entièrement parcouru d’eau. Cela a permis de faire des rapports entre les 3 villes (Evry, Etampes, Brétigny) à travers l’eau et du passé de ces villes avec l’eau. Il y a beaucoup de films sur le fleuve (la Seine et la Gange, le Rhône et le Mississipi de Tavernier…)
Les temps forts du festival
L’ouverture impressionniste avec une création à la harpe de Frédérique Garnier et un film de Renoir (Une partie de campagne). La journée du patrimoine avec des balades inédites dans la ville.
Nous allons (re)découvrir sur deux jours à Brétigny l’œuvre de Bertrand Tavernier de L’horloger de Saint Paul (1974) à Dans la brume électrique (2009), nous verrons les extrémités de son œuvre avec comme point commun la ville. Le bonus, c'est qu'il sera présent.
La nuit blanche du 2 octobre au Conservatoire de Musique d’Etampes avec des créations de Christophe Dumont et des vidéastes pour projeter des films dans la nuit. La ville y deviendra l’écran.