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Le mouvement figé de Lempicka au Musée des années 30. BOULOGNE BILLANCOURT

 

ICI


La machine qui ne bouge pas.
Esthétique des machines, femme automobile, vitesse, les peintures de Lempicka ne remuent pourtant pas beaucoup. La visite de la première rétrospective en France au musée des années 30 fait l’inventaire d’un mouvement pictural où c’est l’œil et l’esprit qui s’animent plutôt que les corps. La peinture de Lempicka ne représente pas autant la mobilité et la vitesse que la modernité ne veut bien le dire. Il n’y a pas de mouvement car les sujets ne portent jamais sur la vitesse.
Le mouvement haletant c’est celui de la peinture seule.

 

LA


C’est entre 1925 et 1935 que Tamara de Lempicka peint ses œuvres les plus fortes. Peu de grandes toiles mais de la monumentalité, un coloris intense proche du graphisme, un métier - du dessin à la touche - très exact, beaucoup de figures, une mise en place préalable et surtout une composition présente, dense qui s’appuie sur ce mouvement : Lempicka joue de l’incessant aller- retour du fond vers la figure. Le modèle ne se cogne pas aux bords du cadre, c’est celui-ci qui dessine les formes par la marge. L’œil cherche à sortir, à identifier le plein du vide, à dégager un espace mais ces allers retour le replonge avec systématique dans le tableau lui-même.

 

VU
L’apparente carrosserie des corps, des cheveux, des peaux ne vient pas seulement des teintes métalliques, d’une absence d’aspérité de la matière et des formes les plus épurées possibles, les corps n’ont pas d’ombres portées, les matériaux n’interagissent pas entre eux. Les plis évitent les bras sans peser un instant, les membres n’ont qu’une déformation de convention, les corps n’ont pas de présence corporelle.
L’autoportrait à la Bugatti peut tromper bien des commentaires : où est le mouvement ici ? où est la vitesse ? Pas de changement de position dans l’espace, pas de courses, ni de trajectoires, pas de chute par rapport à un système de référence.
Il n’y a pas de déplacement car si les figures sont complexes elles ne pèsent pas.

Elle emprunte aux maniéristes, à Pontormo qu’elle admire, de s’appuyer sur un contenu totalement reconnu, éprouvé, sans obscurité, presque vidé. Son esthétique est de l’affiche mais la transmission du contenu, supposé résolu l’est aussi. Lempicka nous débarrasse de comprendre.

SU
L’évolution de son œuvre vers le kitsch s’explique par ce dépassement des significations. Ces œuvres postérieures peuvent tourner au mélo, c’est cette saturation des moyens, des significations qui la rend tenable. L’encadrement de velours violet d’une nature morte (hélas supprimé des reproductions comme si tous ces mouvements attachés au décoratif pouvaient se passer du mur sur lequel ils ont été pensé (et le catalogue actuel de Bonnard n’y échappe pas)) rapproche Lempicka d’une esthétique années 30 que ne renierait pas Dali. Il n’y a pas de mouvement car le mouvement n’existe pas.
Ce que Lempicka parvient à rendre, c’est l’instant suspendu, l’instabilité que suppose tout mouvement, parce qu’elle mime avec ce mouvement moderne ce que la machine suppose. Ce sur quoi Lempicka s’appuie c’est sur le figé que suppose tout mouvement.

 

 

 

 

Avril 2006.

 

 


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