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ST JOHN ROTARY ARC DE RICHARD SERRA.

EXERCICES D'ADMIRATIONS.

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"EXERCICES D'ADMIRATION"

 

Robin THIODET
St. John Rotary Arc.

 

«(...) En sortant de l'enfermement dans le Holland tunnel, la transition est brutale provoque une désorganisation spatiale et une désorientation momentanée. Le conducteur concentre son attention sur sa tâche immédiate, une série de décisions rapides. Cette attention exclut par définition le passé et le futur. L'urgence de ce qui est juste en face, à courte distance, requiert une concentration totale La boucle en ellipse du rond-point est conçue pour ralentir la circulation du tunnel et aussi stabiliser et recentrer l'attention. L'Arc apparaît dans le champ de vision du conducteur quand il entre dans la boucle. La forme, le matériau et l'aspect mural de l'Arc font écho à l'expérience de la conduite dans la gorge que forme la sortie du tunnel. Le conducteur porte son attention en avant à droite et à gauche pour lire les panneaux, changer de voie et sortir en ville vers le sud ou vers le nord. Ainsi l'arc apparaît et réapparaît, vu à travers le cadre mouvant de la vitre de l'auto.

En suivant le rond-point, le chauffeur voit l'Arc à gauche et obliquement en face. De presque toutes les positions dans l'ovale, l'Arc tourne de façon centrifuge, vers l'extérieur. Cette lecture centrifuge s'oppose au mouvement centripète du conducteur. Les seules positions où cette perception est interrompue sont les points perpendiculaires aux centres de convexité et de concavité; où la courbe s'aplatit et se stabilise.

En conduisant autour de l'Arc, la convexité et la concavité de l'Arc se réduisent toutes les deux et puis se compriment se chevauchent et s'étirent. Les vues se succèdent brutalement mais sans interruption, de manière extrêmement fugitive, comparable à une expérience cinématique. Le champ de vision entier se condense, se concentre et se déploie en l'espace de quelques minutes. Le conducteur a une expérience visuelle de l'arc, qui est ordonnée, contrôlée, filtrée et limitée, subordonnée à une séquence visuelle unique elle-même déterminée par le flot de la circulation autour du rond-point. (...) »

Voici comment, dans un article pour Artforum, Richard Serra décrit l'évènement que constitue la perception de son oeuvre; expérience nouvelle et sans nom - on aimerait parler de représentation où de performance alors que l'oeuvre est fixe et c'est nous qui nous déplaçons. Notre déplacement est strictement déterminé par le trafic automobile qui est sujet à une scénographie essentielle à l'oeuvre. Le trajet impose une transformation constante de la forme simple et précise de l'arc et de son insertion dans le site. L'Arc s'y montre en une transformation continue qui déploie dans une continuité de la perception la totalité des points de vue qu'en offre le plan du sol. Le passage de la tranche de la plaque constitue deux points critique ou la forme perçue de l'objet change soudainement: deux points catastrophiques au sens topologique du terme.

Ainsi l'oeuvre n'est pas conçue pour elle-même indépendamment du trajet mais au contraire comme offrant cette succession cinématique un événement continu dans le champ perceptif de la vitre de l'automobile qui devient ainsi une métaphore de l'écran de cinéma ou du tube de la télévision. La sortie du tunnel prend l'allure un road-movie de très court métrage. Comme chez Donald Judd, le trajet n'est pas nécessaire à la compréhension de l'objet mais ici l'oeuvre n'est pas l'objet, c'est l'objet + le site + le trajet.

L'objet est simple et offre une gestalt parfaitement lisible dès le premier coup d'œil. Serra le décrit en lui-même et dans son environnement, indépendamment de son mode d'apparition. Cette description eidétique précède la description phénoménologique qui la complète:

« L'Arc, long de 61 m est le cadrant d'un cercle de 244 m de circonférence, dont le centre est situé sur le coté en asphalte du rond-point (au bord de Varick Street), et où l'ovale commence à se contracter. En fait, la ligne décrite par l'Arc traverse le centre du rond-point, tandis que la voie piétonne elle passe par le centre du cercle théorique de 244 m La position de l'Arc détermine un volume concave et un volume convexe, c'est-à dire-que l'aire du rond point délinéé par l'ellipse de la voie qui l'entoure sert de fond ou de plan de base à deux volumes sculpturaux distincts s éparés de l'Arc. L'Arc ne représente pas le contexte, mais redéfinit son contenu. Il médiatise une perception du site mais redéfinit son contenu. Il médiatise une perception du site, mais finalement reconcentre l'attention sur lui. »


Il s'agit donc de prendre l'oeuvre comme une expérience esthétique globale et temporalisée qui consiste en un chassé croisé entre la permanence eidétique de l'objet, la transformation continue de sa forme perçue en relation constante avec son site, le paysage lui-même mouvant de la place et la préoccupation utilitaire de la conduite automobile, le brusque changement de luminosité de la sortie du tunnel... Solution hyper-complexe diamétralement opposée à celle de Judd au problème de la mobilité du spectateur. Là où Judd résorbait l'expérience esthétique dans l'instantanéité pure, Serra l'étale sur une séquence cinématique contrôlé et dramatisée. Le temps est rendu à la schématisation sans fin et sans concept de l'expérience esthétique classique.

 

 

 

 

 

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