COMPRENDRE

 

UNE REFLEXION SUR LA RESIDENTIALISATION par JP. GODIN, architecte

"LA RESIDENTIALISATION

OU COMMENT UN GRAND CHEZ TOUT LE MONDE DEVIENT UN PETIT CHEZ D'AUTRES, MAIS QUE L'ON CONNAIT CEUX-LA !"

 

D'emblée, je citerai deux définitions de la résidentialisation, glanées au hasard du web, sur les journaux électroniques de mairies ou d'associations de résidents de quartiers visés par de telles opérations (les quartiers, pas les gens). Les noms de lieux ou de personnes en ont été masqués, pour éviter tout ennui au responsable (loué soit-il) de cette publi-cation qui a le courage ou l'inconscience de publier des gens comme moi.

 

"La résidentialisation a pour objectif d’aménager au mieux les espaces verts et les entrées d’immeubles en s’appuyant sur les principes suivants :
- Identifier la limite entre l’espace public et l’espace privé (clôture, haie végétale, muret…)
-réorganiser et optimiser le stationnement,
- aménager et sécuriser les entrées d’immeubles,
- transformer les espaces contigus aux immeubles en jardins privé"

"…C’est créer un jardin (espace vert) ou un parking fermé autour de l’immeuble.
La résidence délimite l’espace privé fermé de l’immeuble qui ne devient accessible qu’aux seuls résidents.
On parle «d’espace tampon».
On y entre en utilisant un interphone placé sur un muret ou une grille qui borde le trottoir.
Les visiteurs sonnent depuis le trottoir..."

 

Donc, l'on peut dire, globalement, que la résidentialisation consiste à retravailler les abords immédiats des bâtiments en faisant porter les efforts sur deux axes particuliers, le premier devant être, selon les directions plus haut énoncées, le corollaire du second :


· La redéfinition des espaces par une sectorisation induite par des fonctions claires, souvent en opposition, public / privé, stationnement des véhicules / cheminements piétons… la séparation des secteurs se faisant par des moyens "durs", murets, clôtures…

· La sécurisation des immeubles par, l'espère-t-on, la meilleure appropriation de leurs abords par la communau-té des résidents ;


L'on pense toujours que le bien et l'espace public, un tant soit peu privatisés, autogérés par une communauté réduite de gens bien identifiés, saura responsabiliser ces derniers en tenant à distance les importuns.
Evidemment, la réalité est autre.
La parole des usagers de l'espace public est le pain quotidien d'un architecte de terrain. Le florilège qui suit illustre le fantasme de ville idéale, purgée des barbares et des problèmes sociaux. La résidentialisation sera, soyons-en persuadé, un jouet qui ne marche pas et dont on se lasse assez vite pour passer à autre chose.

 

 

"…Les limites de résidences peuvent être traitées de façon très esthétique ; haies végétales doublées de grillages, mu-rets de briques surmontés de grilles. C’est ce qui a été réalisé par Eure habitat sur les Valmeux à V. et les habitants sont très satisfaits…"

"…Nous profitons de cette occasion pour installer «les poubelles collectives» dans l’espace vert de la résidence…"

"…L’espace vert entre l’immeuble et la rue crée un «espace tampon» qui éloigne les passages piétons de l’immeuble, des fenêtres et empêche l’accès aux balcons. Si tout le monde joue le jeu, referme bien la grille après son passage, c’est efficace ! Parfois les parkings sont inclus dans la résidence. Cela permet également de protéger les voitures.

"…Un urbanisme à taille humaine..."

"…La résidentialisation doit redonner à tous les habitants un cadre de vie agréable qui leur permette enfin de se sentir bien dans leur immeuble et dans leur quartier, parce qu’il est en train de redevenir beau, convivial et fleuri.."

L’enjeu de la résidentialisation est donc, pour l’ensemble des acteurs (villes, bailleurs, habitants), d’inscrire dans un mode de fonctionnement qui est celui de la ville « conventionnelle » les espaces extérieurs des grands ensembles, mettant fin ainsi à leur « anormalité ».

Je voudrais prolonger ces extraits en énonçant ici quelques sérieuses vérités, toujours bonnes à garder sous le coude : la ville "conventionnelle" dont il est question plus haut, n'est ni belle ni moche, elle est ville, c'est tout ; de tous temps, l'architecture et l'urbanisme furent montrés du doigt et l'on cria haro sur un baudet qui, j'en suis persuadé, n'en pouvait mais ; un temps les qualificatifs d'"inhumains" ou encore de "criminogènes" appliqués à l'urbanisme et à l'architecture firent les choux gras des médias et on les affubla ainsi d'un dos suffisamment large, apte à porter la rai-son des malheurs des banlieues dite pudiquement dites "à problème"


Désirant enfoncer le clou et afin que, lecteur, lectrice, tu sois bien conscient de certaines réalités, je profite de cette tribune pour innocemment rappeler que :


· nombres de drames urbains passés ou présents ont eu pour siège des villes "conventionnelles", avec des rues, des places et des arbres sur des trottoirs conchiés par les clébards,

· que les villes n'ont pas attendu la résidentialisation pour abriter le bonheur ou le désespoir,

· que les "ghettos" sociaux, religieux, ethniques (etc.) sont ici des "grands ensembles", mais là des aligne-ments de petites maisons individuelles avec des jardins devant et des cours à l'arrière, bref, qu'aucune typo-logie n'a jamais formaté l'esprit.

 

Donc,
Ce qui apparaît ici clairement, c'est la volonté terrible et absolue de se protéger de l'autre, de l'étranger, de rendre le lieu de résidence clos dans un souci de sécurité auquel cette "résidentialisation" prétend apporter une solution.
Malheureusement, il est évident que si des gens suent de peur en rentrant chez eux ou au sein de leur foyer en espé-rant (par exemple) que leur voiture ne servent pas à faire briller la nuit de mille feux, il ne t'aura pas échappé, lecteur, lectrice, qu'il est, comme d'habitude, vain de croire que l'on va résoudre une telle inquiétude avec des murets, des gril-lages, des digicodes et des plantes vertes. En tant qu'architecte, je ne peux qu'être sensible à l'angoisse qui transpa-raît de ces lignes qui sont un cri d'alarme de populations auxquelles les "décideurs" ne répondent que par des remè-des inefficaces tels que cette résidentialisation qui ne mettra en évidence que l'échec d'un certain modèle social.

Enfin, et pour clore ce douloureux chapitre, parce qu'un bonheur n'arrive jamais seul et parce qu'il faut terminer sur une note gaie, je ne peux résister au plaisir te livrer, telles qu'elles, lecteur, lectrice, ces phrases d'édiles, naïves et (ou) obscures, qui sont telles des perles enfilées sur le tortueux fil de la bêtise crasse, fière d'elle-même, dont un cer-tain vocabulaire sert de cache-sexe à la révolution du lopin et du chacun chez soi et qui confirment le minable four-voiement de la résidentialisation, actuel parangon de la vertu urbaine.

 

"…L’expérience du quartier des G. illustre bien l’idée que les projets de résidentialisation, s’ils sont une réponse à l’enjeu de l’amélioration de la qualité résidentielle, ne doivent pas s’inscrire dans une approche normative et doivent être conduits de manière à rechercher l’adhésion de l’ensemble des acteurs concernés…"
"Lorsqu’on habite ici, on doit se sentir chez soi", a rappelé le Maire.


Selon Pierre P., Conseiller Technique à l’Union Sociale pour l’Habitat, les démarches de résidentialisation s’attachent à proposer, aux résidents des ensembles d’habitat social, une nouvelle conception de l’espace, visant à faire évoluer les espaces non bâtis, dont l’usage et la forme sont souvent mal définis, vers des espaces hiérarchisés, dont les statuts ju-ridiques sont en relation directe avec les usages et les pratiques des habitants, et qui bénéficient d’un entretien de qualité.

Bravo !

JP GODIN

 

LES ENTRETIENS AVEC LES ARCHITECTES EN CONCOURS.

3 QUESTIONS A ALAIN SARFATI ICI.

 

OBSERVATOIRE DU PAYSAGE URBAIN

 

CONCOURS "9 BATIMENTS POUR UNE VILLE NEUVE" SOUTENU PAR:

ARCHIVES DEPARTEMENTALES

 

CHAMBRE DES METIERS

STUDIO DECLIC

ASSOCIATION THEATRALE TRUCMUCHE

RESEAU DES BIBLIOTHEQUES DE L'AGGLOMERATION

LES CINOCHES

 

ASSOCIATION

Siège social : Association Mémoire de la ville nouvelle C/O Service documentation et Mémoire Communauté d ’agglomération Evry Centre Essonne BP 62 91002 Evry Cédex Mél : asso.mvn@laposte.net

Adhésion 10 E chèque à l'ordre de l'association

L’association Mémoire de la ville nouvelle a été créée en 1982. Elle a pour objectifs de collecter des documents sur l'histoire d'Evry, plus particulièrement depuis la création de la ville nouvelle (1965), et de les valoriser par des manifestations (expositions, publications, réunions publiques et privées).Son fonds d’archives a été déposé à la communauté d’agglomération en 2003. Il peut être consulté sous conditions, après demande au service Documentation de la Communauté d'agglomération (l'accord d'un membre du Bureau de l'association est nécessaire).L’association produit des documents internes. Elle organise régulièrement des manifestations.

PREFIGURATIONS COM. 23
LA REVUEMAGAZINEPLAN DU SITEARCHIVES LA REDACTIONLISTE DE DIFFUSION