
ENTRETIEN AVEC PAUL ARDENNE,
philosophe, auteur d''un livre
sur "la création artistique en milieu urbain
en situation d'intervention" ("Un art contextuel"
Flammarion)
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"Architectes
et urbanistes ne sont pas a priori les amis de l’homme
libre. Ils façonnent sa ville ou son environnement
d’une manière qui n’a en général
rien de démocratique".
Paul ARDENNE parle franchement de la marchandisation
de l'espace commun, du faux espace offert au public, de
la touristisation de Bilbao à la sacralisation
de Sienne, il rappelle qu'"il est temps de désacraliser
la notion canonique d’“espace public”,
décidément trop schématique, inadaptée
à la réalité d’aujourd’hui,
en particulier au regard des conduites mouvantes et “mobilistes”
des usagers de l’espace urbain". Reflexions
et irritations sur la place de la place.
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PREFIGURATIONS
: N'êtes-vous pas
frustré par cette notion d'“espace public”,
qui sert de grand fourre-tout idéologique ?
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La notion
d’“ espace public ” est problématique
et, du même coup, son usage, sitôt qu’on
le schématise.
Un préalable nécessaire, avant même
de parler d’“ espace public ” : définir
ce qu’il est au regard de la réalité,
de façon concrète, en oubliant le côté
passe-partout de la formule.
Exemple, je suis
dans mon bureau, en principe donc dans un espace “
privé ” Si je dialogue avec une ou plusieurs
personnes extérieures à mon bureau en utilisant
mon ordinateur (le chat’, la webcam...), l’espace
privé qu’est mon bureau peut-il encore être
décrété comme étant “privé”,
c’est-à-dire comme ressortissant à
un domaine, si l’on suit l’étymologie
et le sens du terme “privé”, “
où le public n’a pas accès, n’est
pas admis ” ? Même chose si je regarde la
télévision : le monde public, dans ce cas
encore, vient s’insinuer dans mon espace privé,
il le modifie, il le “publicise”, au moins
en partie.
Certains artistes,
dès les années 1960, ont condamné
cette dépolarisation insidieuse — Richard
Serra avec ses Television Pieces, entre autres —,
eux vivaient en direct l’irruption graduelle du
dehors vers le dedans que la TV était en train
de consacrer, soumis qu’ils étaient à
l’épreuve alors nouvelle de cette redistribution
de la donne privé-public. La
frontière entre public et privé est
labile, elle est aussi circonstancielle.
À cet égard,
la notion d’espace partagé semble la seule
à même de permettre de définir correctement
ce qu’est l’espace “public”, et
où le trouver.
Un exemple significatif de la difficulté à
penser l’espace public : celui de la ville. Considérer
la ville, de manière consubstantielle, comme un
espace public n’est pas a priori contestable. Sauf
à s’entendre sur ce qu’est devenue
la ville au cours des siècles, à force d’administration,
d’urbanisme et de contrôle. Pensée
dans la lignée des situationnistes ou d’un
de Certeau, la ville serait par
excellence, veut-on croire, le
lieu de l’échange, de la rencontre,
de l’humanité se considérant elle-même
sur l’agora. À ceci près, rétorquera-t-on,
que la ville est aussi le lieu
de la propriété, du cloisonnement
des espaces accessibles et de la réglementation
de leur libre usage, donc du libre accès.
Voir la piétonisation,
qui calibre l’espace public, ou encore les zones
attractives élaborées de toutes pièces
de type placettes ou périmètres de zones
touristiques, dont la mise en valeur tactique et somptuaire
détourne l’usager de la ville des zones déclassées.
Voir le digicode, les gated cities, qui contre-publicisent
la ville et en accroissent l’usage privatif au seul
bénéfice de quelques-uns. La ville concrète
? Non un espace public stricto sensu, mais le
lieu par excellence du conditionnement des itinéraires.

Sans rien dire de
la propriété symbolique de la ville, qui
échappe depuis longtemps au citoyen lambda. L’invasion
croissante de l’affichage publicitaire montre assez
que l’espace public urbain
appartient d’abord au capital. Celui-ci,
à travers ses firmes hautes consommatrices d’espace
public, ne s’y est d’ailleurs pas trompé,
en assignant en justice les artistes anti-pub. Lors même
que l’artiste anti-pub, lui, agit dans l’orbite
de la démocratie, qui pose pour principe élémentaire
que l’espace public appartient d’abord au
public, avant d’être le bien d’entreprises
telles que Benetton, H & M ou Zara, entre autres.
Cette perte de représentation symbolique du public
au profit du privé est particulièrement
perceptible dans les villes nouvellement soumises à
l’emprise du marché. À Moscou, tout
le périmètre entourant le Kremlin est ceinturé
d’affiches publicitaires géantes. Très
claire indication, pour le passant moscovite, que sa ville
ne lui appartient que factuellement, et sûrement
pas en substance.
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PREFIGURATIONS
: Vous regrettez, avec quelque raison, les orientations
sauvages et/ou autoritaires qui structurent la ville
au dépens de l'individu. Mais la ville lui a-t-elle
jamais appartenu ?
L'espace (public, privé, partagé)
se crée toujours par décret semble-t-il,
comme à Rome où l'augure délimite
dans le ciel l'endroit à interpréter,
celui dans lequel les signes vont “parler”:
il définit un dedans et un dehors qui permet
l'interprétation.
Vous déploriez, comme lors
du colloque 2003 d'Evry d'ailleurs, cet autoritarisme
de l'espace de l'architecture, de l'urbanisme (plus
précisément vous attirez l'attention sur
ce que d'angéliques intervenants voulaient ignorer),
croyez-vous que l'espace du partage public se définit
contre ce conditionnement ? ou à partir de lui
?
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| Il se définit
à partir de lui, contre lui, avec lui comme hors
de lui, tout à la fois. Tout dépend en fait
de la position dans laquelle se trouve le citadin, de
la manière dont il a décidé d’utiliser
la ville à tel ou tel moment, de son humeur du
moment, même. Au demeurant, le
problème de l’espace public “qualifié”
est qu’il présuppose toujours l’acceptation
tacite de l’usager. C’est
sa définition en amont qui en fait, de facto, une
structure autoritaire. On délimite en posant
le principe que c’est là, dans les limites
mêmes du délimité, qu’il y aura
usage public de l’espace — là et non
pas ailleurs. Du moins : pas ailleurs de manière
officialisée par un tracé préalable,
que ce dernier soit défini par les prêtres,
les politiques ou ces instruments des politiques que sont
les urbanistes ou les planificateurs urbains.
Mais
attention, cette délimitation autoritaire de l’espace
public par le pouvoir a du bon : car c’est elle
qui permet, par différenciation, l’expansion
même de la vie privée. Le problème,
évidemment, surgit sitôt qu’on ne distingue
plus vraiment le privé du public, le partagé
du confisqué, le commun libre d’accès
du commun accessible sous-condition.
La minipole de Decatur, non loin de Seattle,
une petite ville qui se veut un modèle de vie paisible
et harmonieuse, occupe par décret 3 % de l’île
sur laquelle elle se trouve. Aucune extension n’est
envisagée. La codification dans ce cas extrêmement
rigide de la zone “ publique ” qu’est
la ville résulte d’une réflexion intéressante,
celle de la compression (et non de la congestion, j’y
insiste, car ici il y a de la place, de l’air entre
les zones d’habitat, l’espace naturel est
abondant et jamais loin). Dans ce cas, on comprime en
somme l’espace public pour qu’il existe, à
toutes fins, qu’il acquière une matérialité
topographique.
Même chose à Celebration,
en Floride, la ville Disney créée de toutes
pièces en 1994, sous l’égide des cerveaux
de l’EPCOT Center : peu de lieux de regroupement,
comme le veut le chacun-chez-soi individualiste cher aux
Américains du nord, mais quelques zones choisies
qui sont choisies en ce qu’elles sont inévitablement
“ publiques ” : supérette, café,
front de lac, poste. Dans ce périmètre comprimé,
les gens se retrouvent entre eux, mais sans excès,
au prorata de ce que commandent de fréquentation
de l’autre la vie matérielle et ses contraintes
(courses, petite administration), le public n’écrase
pas le privé. Ce faisant, de manière en
apparence paradoxale, on ferait même exister plus
l’espace privé, il est aisé de quitter
la zone publique pour aller voir ailleurs, tranquillement,
chez soi ou dans le vaste périmètre naturel
qui jouxte la ville, où l’on peut se perdre.
Une évidence : c’est parce
que l’espace public administré est qualifié
et reconnu comme tel que le citoyen peut (s’) inventer
d’autres lieux où vivre, d’autres lieux
à vivre, et s’inscrire ce faisant dans le
cycle de fréquentation des “ espaces autres
”, pour parler comme Michel Foucault, en vertu d’un
projet personnel ou clanique (mais non plus social) qui
relève de l’allotopie
[NDLR : du grec allo «
autre » et topos « lieu » : «
en un autre lieu ». Autre lieu ou proposition politique
ou sociale que ceux qui ont existés.]
ou de sa forme vulgarisée, l’escapisme.
Au juste, le privé, c’est
la possibilité de fuir, rien de plus.
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PREFIGURATIONS
: Certains théoriciens de l'urbanisme
ont pensé la ville comme une fonction, en cherchant
à supprimer la rue par exemple. Pensez vous que
l'espace public, tel que vous le saisissez, peut encore
se décrire à partir de lieux comme la
rue, la place, etc. ?
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| Les
penseurs modernes de la ville, la plupart, avaient
cette envie, dans leur cas aussi sacrale que caricaturale
: en finir avec la ville-icône
occidentale. La ville-icône d’Occident,
c’est-à-dire la ville organique resserrée
autour de son église et de ses palais, la ville
d’échelle humaine avec son bourg, ses murailles,
son faubourg, sa structuration sociale distribuée
de manière concentrique. La ville version grand
village, si vous voulez. Il fallait oublier cette ville-là,
sinon la détruire, du moins la muséifier
(ce qui est advenu : Sienne, Carcassonne, Nuremberg...).
La ville grossissait, depuis les débuts de la Révolution
industrielle et l’exode rural qu’avait amplifié
celle-ci : faubourgs, banlieues, zones d’activité
en périphérie, extension des réseaux
de circulation... Elle devenait un chancre proliférant,
un monstre dévorant l’espace alentour, les
villages environnants, de manière souvent chaotique.
Confer Les villes tentaculaires dont parle Émile
Verhaeren, Londres telle que la décrit Dickens,
New York vue à travers le prisme de Manhattan
Transfer de Dos Passos, etc. C’est alors que
l’on forme le délire de la Ville infinie,
de la Ville linéaire, autant de projets d’urbanisme
semi-utopique où l’on voudrait donner à
la ville — mais alors en la contrôlant —
la forme qu’elle est déjà en train
de prendre en réalité, une ville dont on
subit dans les faits le développement foudroyant,
plus qu’on ne le maîtrise : Chicago passant
de 150 à 1 million d’habitants en soixante
ans, Sao Paulo et ses 71 000 rues recensées, Los
Angeles et ses centaines de Km d‘autoroutes urbaines,
la mégalopole de Tokai, au Japon, avec ses quarante
millions de résidents, la favelisation des villes
et les ceintures de pauvreté urbaine du tiers monde
africain ou latino-américain...
L’espace
public, dans tout ça, demandera-t-on ? Il
continue d’exister,
évidemment, mais ramifié, disséminé,
positionné là où l’envie d’être
ensemble se constitue, de manière
éphémère ou plus durable :
le petit square retranché où l’on
parle ou deale le soir venu ; le terrain de street-ball
à même la rue, dans une banlieue ; une corniche
au-dessus de la ville, où l’on emmène
sa petite amie ; un lointain bout d’autoroute urbaine
où motards ou praticiens du quart-de-mile départ
arrêté viennent faire des courses d’accélération
et des burn-out, la nuit venue. Avec,
on le devine, une requalification permanente de l’espace
public lui-même. Celui-ci, en effet, variera
en fonction de sa qualité, de sa capacité
surtout à s’adapter à une attente
spécifique des usagers (tel lieu d’abord
tranquille, recherché, est abandonné sitôt
qu’il fait l’objet d’une surveillance
policière). En l’espèce, il s’agit
bien d’appréhender l’espace public,
non comme réalité statique, mais sous
la condition d’une mise en circulation potentielle.
Et de penser le lieu autrement : comme occasion, plus
que comme espace.
Dorénavant, il y a donc des “
espaces publics ” au pluriel et non plus l’espace
public au singulier. Voir la ville américaine-type,
celle qui se constitue par lotissements successifs de
blocs positionnés le long de grandes artères
de circulation déjà tracées. Dans
cette ville-là, fonctionnaliste en diable (elle
forme le modèle mental des CIAM en vérité
: une structure que l’on crée de toutes pièces
à la manière d’un objet technique,
à partir d’un plan et en fonction d’un
programme), il existe sans conteste un centre administratif,
un downtown des affaires (le CBD, Central Business District),
bref, un “ centre ”, un lieu “ public
” et “ du public ” par excellence :
pour le dire autrement, l’équivalent de cette
agora tutélaire qui fait tant fantasmer les urbanistes
partisans de la “ reliance ”
[NDLR Le dictionnaire
HARRAP’S dit : reliant (to be r. on s.o.), avoir
confiance en quelqu’un, dépendre de quelqu’un,
compter sur quelqu’un ; reliance, autre façon
de dire confiance.]
du lien social acquis par la répartition
calculée des unités de vie urbaine autour
d’un centre fédérateur.
Pour autant, pour peu qu’on l’envisage
au concret, il apparaît vite que ce “centre”
n’est un espace public que le temps que durent la
gestion courante ou les affaires. Du soir au lendemain
matin plus chaque week-end, downtowns et CBD sont la propriété
des seuls veilleurs de nuit, et des équipes d’entretien.
La leçon de tout ceci ?
Un, que l’on crée des places et des rues
décrétées à échelle
humaine (la stratégie de la piétonisation,
devenue universelle) ou qu’on fantasme au contraire
la ville comme un pur objet technique et fonctionnel,
il faut admettre qu’on ne maîtrisera jamais
en leur tout, dans leur complexité, les logiques
propres au désir humain d’être ensemble,
et d’y être quelque part en particulier plutôt
qu’ailleurs.
Deux, il est temps de désacraliser la notion canonique
d’“espace public”, décidément
trop schématique, inadaptée à la
réalité d’aujourd’hui, en particulier
au regard des conduites mouvantes et “ mobilistes
” des usagers de l’espace urbain.
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PREFIGURATIONS
: Vous réglez votre propos et votre réflexion
sur l’homme, ses activités, l’accélération
de sa vie, sa parcellisation. Cela vous amène
à décrire l’espace commun à
partir d’une pratique.
Vous ignorez volontairement le bâti,
l’architecture ou vous ne la traitez qu’en
tant qu’elle produit quelque chose sur l’individu...
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| Il ne s’agit
pas d’ignorer le bâti, puisqu’il est
là. L’important, de toute façon, c’est
de vivre le bâti, de vivre l’architecture
mais alors corporellement, de vivre par extension la ville
concrète d’une manière incarnée,
la moins possible spectatorale. En finir avec la soumission
du spectateur. Ne pas regarder Bilbao en fonction du musée
Guggenheim, cet attrape-gogos, cette grosse machine à
“ touristiser ” l’espace public.
Architectes et urbanistes ne sont pas
a priori les amis de l’homme libre. Ils façonnent
sa ville ou son environnement d’une manière
qui n’a en général rien de démocratique.
La comédie des enquêtes d’utilité
publique, sur ce point, est édifiante : on ouvre
en général celles-ci quand tout est déjà
décidé ou à peu s’en faut en
termes d’aménagement. Sur ce point, méfions-nous
de la démagogie des élus, celle d’un
Delanoe à Paris en ce moment, par exemple, avec
le projet de la rénovation des Halles. Un projet
que l’on soumet à l’appréciation
des Franciliens (sous la forme d’une exposition
des “ concours ” des architectes sélectionnés)
lors même qu’on refuse dans le même
temps un référendum sur la question de son
règlement...
Ma position à l’égard
de l’architecture et de l’urbanisme est claire
: ne pas me laisser méduser par les propositions-spectacle
mais aussi prendre parti, exprimer mon avis, et cela,
parce que l’architecture et l’urbanisme c’est
imposé à tous, de fait, comme le temps qu’il
fait. Pour cette raison élémentaire, donc
: parce que toute architecture, tout urbanisme sont autant
de facteurs d’interposition entre moi et le monde.
Et parce qu’en tant que tels, ils ne sont pas sans
codifier, parfois pour le restreindre, ou le déterminer,
mon propre accès au réel. L’urbanisme,
l’architecture peuvent être une souffrance.
Regardez l’architecture mitterrandienne à
Paris, c’est terrifiant, il va falloir subir pendant
des siècles les fantasmes pharaoniques d’un
homme politique ambigu qui a cru naïvement qu’on
pouvait s’offrir une grandeur historique en recourant
à une architecture de polyèdres censée
incarnée la durée, l'éminence, la
roideur, au risque de salir les yeux à tout un
peuple... Pitié pour le quidam !
L’architecture, l’urbanisme,
c’est trop souvent l’arbitraire du prince,
du chef. Hitler traçant les avenues du Berlin futur
en métrant leurs dimensions en fonction des défilés
militaires et de la surface au sol des bataillons... Hélas,
en tant qu’individu, je n’ai évidemment
guère les moyens de contrecarrer un tel arbitraire
! Ce pour quoi je forme un vœu : que les États
réellement démocratiques se dotent d’unités
de Récusation ou de Destruction, qui travailleraient
à la correction ou à l’éradication
de l’arbitraire urbanistique-architectural et de
ses expressions. Un vœu qui est évidemment
une plaisanterie. Formidable désordre en perspective,
vous imaginez !
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Questions Franck
SENAUD. Juin 2004
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